test

Record de pancartes à vendre

Publié le par dans Actualités immobilières, Revue de presse

JEAN-LUC LAVALLÉE – Samedi, 21 novembre 2015 23:47

L’île d’Orléans a été frappée de plein fouet par le ralentissement du marché immobilier depuis deux ans. Les pancartes «à vendre» n’y ont jamais été aussi nombreuses et le délai de vente moyen atteint désormais un sommet de 200 jours.

Ce chiffre rond, qui frappe l’imaginaire, est l’un des principaux indicateurs de l’essoufflement du marché à l’île. Le délai pour boucler une vente est l’un des plus longs de toute la province, confirme la Fédération des Chambres immobilières du Québec (FCIQ) derrière Mont-Tremblant (292 jours) et Charlevoix (206 jours).

Lors d’une virée en voiture sur le chemin Royal, qui ceinture l’île, les visiteurs sont souvent renversés d’observer l’enfilade de pancartes. C’est encore plus frappant à Saint-Laurent et Saint-Jean, deux des plus beaux villages du Québec sur le versant sud de l’île.
Les plus récentes statistiques confirment le phénomène. Le nombre d’inscriptions en vigueur, en constante progression, a plus que doublé en 10 ans. Début novembre, Le Journal a répertorié pas moins de 176 maisons à vendre sur les 3150 unités d’évaluation. Autrement dit, il y a une maison sur 18 à vendre à l’île d’Orléans.

Il n’est pas rare de voir des vendeurs se tourner à la fois vers le site web DuProprio et un agent immobilier pour maximiser leurs chances de recevoir une offre d’achat tant attendue.

Vieillissement de la population

Tous les courtiers à qui nous avons parlé pointent du doigt le vieillissement de la population pour expliquer l’explosion du nombre de pancartes. Les aînés veulent se rapprocher des services et des hôpitaux. Il n’y a pas de relève non plus.

«C’est toujours préoccupant de voir qu’il y a des maisons qui ne se vendent pas», se désole le maire de Sainte-Pétronille, Harold Noël. «C’est directement relié au marché des maisons plus dispendieuses qui est au ralenti alors les maisons s’accumulent. Le simple fait d’avoir une vue ou un accès au fleuve donne une plus grande valeur à la propriété. C’est le principal problème qu’on rencontre.»

Trop cher pour les jeunes familles

L’accès à la propriété est plus ardu pour les premiers acheteurs et les jeunes familles en raison de la valeur plus élevée qui s’établit en moyenne à 336 000 $, soit 40 000 $ de plus qu’à Québec selon le nouveau rôle d’évaluation déposé le 2 novembre.
Depuis trois ans, la valeur foncière des résidences unifamiliales de l’île a augmenté de 6 %, une croissance inférieure à celle de la Ville de Québec qui a annoncé une hausse de 8,3 %.

Sylvain Méthot, évaluateur agréé pour le Groupe Altus, relativise néanmoins le phénomène. Le marché est au ralenti partout, rappelle-t-il, même si le délai de vente est beaucoup plus long à l’île. «Ça suit quand même les tendances qu’on voit aux alentours», nuance-t-il, précisant que le ralentissement affecte plus durement les maisons ancestrales de prestige.

« Sur l’île, c’est plus frappant parce qu’il y a une route principale qui ceinture l’île. Et s’il y a une propriété à vendre sur une rue perpendiculaire, il y a une affiche aussi sur le chemin Royal. »

- Michel Boily, courtier RE/MAX

« Le rythme auquel les maisons arrivent sur le marché est sensiblement le même qu’avant, mais étant donné qu’elles ne se vendent pas, elles s’accumulent. C’est pour ça qu’il n’y a jamais eu autant de maisons sur le marché. »

- Jean-Pierre Jalbert Boily, courtier RE/MAX

« Les maisons sur le bord de l’eau, ça demeure extrêmement recherché. L’île d’Orléans demeure quand même un endroit par excellence pour vivre. C’est tellement une belle place. Je n’ai entendu personne être malheureux à l’île. »

- Lorraine Demers, courtier RE/MAX

« C’est un marché très tranquille. Peut-être qu’on est dans une situation de transfert. Souvent, les gens sont rendus à un certain âge et ils veulent vendre, et les enfants n’ont pas toujours le goût de reprendre la maison. Moi, je pense qu’on est dans un cycle. »

- Martin Dostie, courtier chez Sotheby’s.

JOLIE MAISON À VENDRE DEPUIS… 2010

À vendre depuis 2010: jolie maison ancestrale de deux étages à Saint-Jean, rénovée, sur le bord de l’eau, accès à la plage, vue panoramique sur le fleuve. Prix demandé: 299 000 $.

Bien qu’elle soit située à 20 km du pont de l’Île, le propriétaire s’explique mal comment une telle propriété, avec un descriptif aussi avantageux et un prix relativement accessible, puisse être boudée par les acheteurs depuis plus de 5 ans. C’est un cas extrême à l’île, où le marché immobilier connaît un ralentissement plus prononcé qu’ailleurs.

«Ayoye, on ne s’attendait pas à ça pantoute… On se disait qu’un endroit comme ça, ça ne serait pas difficile à vendre. Puis là, tu vois les pancartes à vendre pousser comme des champignons. Je suis rendu quasiment 100 000 $ en bas de ce qu’on demandait en 2010», raconte Denis Savoie, qui a fait affaire avec deux agents avant d’afficher sur DuProprio.

«Le fait que la maison soit sur le bord de l’eau, c’est quand même surprenant qu’à ce prix-là, elle ne soit pas partie et je pense sérieusement la descendre à 289 000 $», confie le propriétaire dont la patience est mise à rude épreuve.

En location

Vrai que la maison est un peu à l’étroit, sur le chemin Royal, coincée entre l’épicerie du village et une maison voisine. Les trois immeubles sont pratiquement collés l’un sur l’autre, ce qui a pu décourager certains acheteurs potentiels. La façade de la maison, plutôt ordinaire, n’annonce pas non plus le cachet des pièces intérieures rénovées avec goût.

«La devanture ne dégage pas la qualité de l’endroit. La maison est aussi pas mal plus belle en arrière qu’en avant», plaide-t-il.
Denis Savoie s’est résigné à vendre la maison à la suite d’une séparation. Il n’a que de bons souvenirs reliés à cette propriété construite en 1870, qu’il loue présentement, en attendant une offre d’achat.

«On espère toujours que le marché se replace un peu, mais on n’est quand même pas pour donner nos maisons non plus», résume-t-il, après avoir investi beaucoup de temps afin de retaper cette maison évaluée à 242 000 $ dans le rôle précédent.

Propriétaire d’un gîte à Saint-Laurent, Stéphane Thiboutot peine aussi à vendre sa maison qui est sur le marché depuis plus de 2 ans. «J’étais conscient qu’à l’île, c’était un peu plus long qu’ailleurs, mais c’est pire que ce je pensais comme délai.»

«Il n’y a pas grand-chose à faire qu’attendre», philosophe Raymond Moisan, qui demande 589 000 $ pour sa maison ancestrale dans le même village. «Il va y avoir quelqu’un, un jour, qui va tomber en amour avec la maison… ça prend un coup de cœur pour une maison comme ça qui est vieille et n’a pas les mêmes commodités qu’une maison d’aujourd’hui».